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Le Programme Ouvert 2027

Repères

Ce qui marche ailleurs, et ce qui a échoué

Presque toutes les mesures de ce programme ont déjà été tentées quelque part. Certaines ont produit des résultats mesurables, d’autres ont coûté cher pour rien. Regarder les deux est plus utile que d’invoquer un modèle étranger comme argument d’autorité.

Comment nous lisons ces exemples

Un pays n’est pas une recette. Le Danemark compte moins d’habitants que l’Île-de-France, l’Estonie a bâti son administration numérique sur une page blanche après 1991, la Suisse a une culture du compromis que nous n’avons pas. Rien ne se copie tel quel.

En revanche, trois choses se transposent : les mécanismes, c’est-à-dire pourquoi une mesure produit son effet ; les ordres de grandeur, coût et délai réels plutôt qu’annoncés ; et les causes d’échec, qui sont remarquablement constantes d’un pays à l’autre. C’est sous cet angle que nous présentons ces cas, et non comme des modèles à imiter.

Tenir vingt ans

La leçon la plus répétée, et la plus contraire à notre calendrier politique : les réussites étrangères se comptent en décennies, pas en quinquennats.

Danemark — l’éolien en mer

Le Danemark a commencé à soutenir l’éolien dans les années 1970, après le choc pétrolier, et a maintenu cet effort à travers des alternances politiques successives. Résultat : une industrie exportatrice, des emplois qualifiés, et une compagnie pétrolière nationale transformée en champion mondial de l’éolien en mer plutôt que liquidée.

Le mécanisme : une visibilité de commande sur plusieurs décennies, qui a permis aux industriels d’investir. C’est exactement ce que propose IN-1 pour le nucléaire et IN-5 pour l’éolien.

Danemark — les réseaux de chaleur

Une part importante des logements danois est chauffée par des réseaux collectifs alimentés par la récupération de chaleur industrielle et l’incinération des déchets. Cette infrastructure a été construite patiemment, commune par commune, sur quarante ans.

Ce qui se transpose : l’idée que la chaleur est une infrastructure publique, pas seulement un choix individuel d’équipement. C’est le débouché que nous proposons pour les petits réacteurs en EN-4.

Finlande — le stockage des déchets nucléaires

La Finlande est le premier pays au monde à avoir mené à son terme un site de stockage géologique profond, là où d’autres, dont la France, patinent depuis des décennies. La différence n’a pas été technique mais politique : un processus long, un droit de veto réel des communes concernées, et une compensation assumée.

La leçon : l’acceptabilité ne se décrète pas et ne s’achète pas non plus. Elle se construit en donnant un pouvoir réel aux populations concernées, y compris celui de refuser.

Former avant de manquer

Allemagne et Suisse — l’apprentissage dual

Une part importante des jeunes y suit une formation partagée entre l’entreprise et l’école, avec un statut, un salaire et une qualification reconnue. Le résultat le plus visible est un chômage des jeunes durablement plus faible qu’en France.

Le mécanisme : les entreprises participent à la définition des référentiels et supportent une part du coût, donc elles recrutent ceux qu’elles ont formés. Ce n’est pas une astuce pédagogique, c’est un partage de responsabilité. C’est ce que vise ED-13.

La limite : ce système repose sur un tissu dense de PME industrielles disposées à former, et sur une orientation précoce que beaucoup de familles françaises refusent. On ne l’importe pas par décret.

Allemagne — la recherche appliquée

Un réseau d’instituts de recherche appliquée, financé pour moitié par contrats industriels, fait le lien entre laboratoire et usine. Ce maillon est précisément celui qui manque le plus en France, où l’on publie et dépose des brevets bien plus qu’on n’industrialise.

Ce qui se transpose : le principe du cofinancement par le client industriel, qui garantit que la recherche répond à un besoin réel. C’est l’esprit de IN-15 et IN-16.

Un État qui commande

Schleswig-Holstein — la migration vers le logiciel libre

Ce land allemand de 30 000 postes administratifs a fait de LibreOffice le standard obligatoire de son administration. En décembre 2025, près de 80 % des postes hors administration fiscale étaient migrés, Microsoft Office et Outlook désinstallés. Le format ODF est obligatoire depuis août 2024.

Le bilan financier est publié : plus de 15 millions d’euros d’économies de licences déjà réalisées, contre 9 millions d’investissement ponctuel prévu en 2026 pour poursuivre la migration. Le land applique désormais la même logique à l’intelligence artificielle, avec un assistant développé pour ses besoins et fondé sur un modèle à poids ouverts plutôt que propriétaire.

Le point honnête : environ 20 % des postes restent dépendants de Microsoft, à cause de logiciels métier non compatibles. C’est le vrai obstacle de toute migration, et il est identique en France. Voir NU-2.

Estonie — l’administration numérique

Presque toutes les démarches administratives estoniennes se font en ligne, autour d’une identité numérique et d’un système d’échange de données entre administrations qui applique un principe simple : l’État ne demande jamais deux fois la même information.

Le mécanisme : ce n’est pas une prouesse technique, c’est une règle juridique appliquée sans exception, doublée d’une traçabilité qui permet au citoyen de voir qui a consulté ses données. C’est cette transparence qui a produit la confiance, pas l’inverse.

La limite : l’Estonie a construit ce système sur une page blanche après 1991, avec 1,3 million d’habitants et sans l’héritage informatique d’une administration centenaire. Notre difficulté n’est pas de concevoir, c’est de migrer l’existant.

Québec — la régulation de l’installation des médecins

Le Québec encadre depuis longtemps la répartition territoriale des médecins par un système de quotas régionaux, avec des incitations fortes à l’exercice en région éloignée. Ce dispositif a amélioré l’accès aux soins dans les zones délaissées.

Ce qui se transpose : le principe qu’une profession financée par la collectivité peut se voir demander une contrepartie territoriale, sans que cela ait provoqué l’effondrement annoncé de la démographie médicale. Voir SA-2.

Faire simple

Pays-Bas — la productivité agricole

Un pays de la taille de deux régions françaises figure parmi les tout premiers exportateurs agricoles mondiaux en valeur. Le mécanisme tient en trois éléments : une spécialisation assumée sur les productions à forte valeur, un investissement massif et continu dans la recherche agronomique, et une organisation coopérative qui donne aux producteurs du poids dans la négociation commerciale.

Le revers, que nous ne cachons pas : cette intensification a produit une crise majeure de pollution azotée, au point d’imposer des réductions de cheptel et de bloquer des permis de construire. Le modèle néerlandais est autant un avertissement qu’un exemple : la productivité sans limite environnementale finit par se payer, et cher.

Estonie — la fiscalité des entreprises

L’Estonie a bâti une réputation sur la simplicité de sa fiscalité et la rapidité de création d’une entreprise. Le point intéressant n’est pas le niveau des taux, c’est la lisibilité : un entrepreneur sait ce qu’il devra, quand, et comment le déclarer.

La leçon : pour une petite structure, l’imprévisibilité coûte souvent plus cher que le taux. C’est le raisonnement de TE-13 et de TE-8.

Ce qui a échoué

Cette section est la plus utile de la page. Les causes d’échec se répètent d’un pays à l’autre avec une régularité frappante.

Munich — la migration abandonnée

La ville de Munich a migré son administration vers Linux à partir de 2004, puis fait marche arrière en 2017 pour revenir à Microsoft. C’est le contre-exemple systématiquement opposé à toute proposition de logiciel libre, et il mérite d’être regardé.

Les raisons avancées sont constantes : accompagnement insuffisant des agents, incompatibilités persistantes avec des logiciels métier, et surtout absence de continuité politique après un changement de majorité municipale. Ce ne sont pas des raisons techniques. Le Schleswig-Holstein réussit aujourd’hui avec la même technologie, parce qu’il a traité ces trois points : c’est ce que traduisent NU-2 et NU-3.

Suède — le libre choix de l’école

La Suède a introduit dans les années 1990 un système de financement suivant l’élève, avec libre choix de l’établissement et ouverture aux opérateurs privés. Les évaluations menées depuis pointent une aggravation de la ségrégation scolaire et une érosion des résultats, sans le gain de performance attendu.

Pourquoi nous en tenons compte : c’est exactement le risque de l’autonomie des établissements défendue en ED-4. Nous en tirons la raison de séparer strictement l’autonomie d’organisation de la mise en concurrence, et d’adosser la première à ED-6.

Allemagne — la politique énergétique

La sortie accélérée du nucléaire, engagée avant que les capacités de remplacement décarbonées soient disponibles, a conduit l’Allemagne à prolonger le charbon et à dépendre du gaz importé, avec les conséquences que l’on sait après 2022. L’effort considérable consenti sur les renouvelables n’a pas compensé cette séquence.

La leçon : l’ordre des décisions compte autant que les décisions. Fermer avant d’avoir construit produit exactement l’inverse du résultat recherché. C’est pourquoi EN-2 précède tout le reste dans notre axe énergie.

Finlande — la fin d’un mythe

Longtemps citée comme le modèle éducatif absolu, la Finlande voit ses résultats décliner régulièrement depuis le milieu des années 2000. Le pays n’a pourtant pas changé de système.

Ce que cela dit : aucun modèle n’est acquis, et citer un pays sur la foi de résultats vieux de quinze ans est un exercice trompeur. Nous nous l’appliquons aussi : cette page devra être révisée.

Ce que nous en retenons

Cinq constantes traversent ces exemples, et elles ont façonné la méthode de ce programme davantage que n’importe quelle mesure prise isolément.

  • La durée bat l’intensité. Un effort modeste tenu vingt ans produit plus qu’un plan massif abandonné au changement de majorité. C’est la raison de notre découpage en dix ans plutôt qu’en cinq.
  • L’ordre des décisions est décisif. Construire avant de fermer, former avant de manquer, offrir avant d’exiger. La plupart des échecs viennent d’une inversion de cet ordre.
  • L’accompagnement coûte autant que la technique. Munich contre Schleswig-Holstein, c’est la même technologie et deux budgets de formation différents.
  • La contrainte ne fonctionne qu’assortie d’une contrepartie. Le Québec régule l’installation des médecins, mais rend l’exercice en région tenable. La contrainte seule produit du contournement.
  • Ce qui est mesuré et publié progresse. Les pays qui publient leurs indicateurs, y compris mauvais, corrigent plus vite que ceux qui les gardent.

Une dernière remarque, valable pour cette page comme pour les précédentes : nous n’avons cité aucun pays comme modèle global. Aucun ne l’est. Le Danemark réussit son énergie et l’Allemagne la manque, la Suède réussit son industrie et manque son école. Il n’y a pas de bon élève, seulement des expériences dont on peut tirer des mécanismes.

Voir aussi