Axe · Travail, entreprise et fiscalité
Embaucher plus simplement, dépenser plus clairement
Un artisan qui refuse un chantier faute de bras, une association qui renonce à un poste, un indépendant qui travaille soixante heures parce qu’embaucher lui fait peur : c’est là que se perdent des dizaines de milliers d’emplois, un par un, sans que rien ne le signale.
Le constat
La première embauche n’est pas une décision comme les autres. Elle fait passer d’une personne seule à un employeur, avec ses obligations, ses déclarations, son risque. Beaucoup ne franchissent jamais ce pas, non par manque de travail, mais parce que le pas est trop haut.
En parallèle, notre administration s’est stratifiée. Un même ménage remplit plusieurs dossiers pour plusieurs prestations auprès de plusieurs organismes. Un retraité qui a changé de métier dans sa vie dépend de plusieurs caisses. Une association déposera autant de demandes qu’elle sollicite de financeurs. Chaque strate a sa raison historique d’exister, et l’ensemble n’a plus de raison.
Le premier salarié
Exonérer les cotisations patronales du premier salarié
Toute entreprise, quelle que soit sa taille, bénéficie d’une exonération totale des cotisations patronales sur un salarié : celui dont les cotisations patronales sont les plus faibles.
Ce critère n’est pas un détail technique, c’est le cœur du dispositif. Il plafonne automatiquement le coût pour les finances publiques, et il empêche qu’une grande entreprise n’oriente l’avantage vers un cadre dirigeant. Une société de deux cents personnes reçoit la même aide qu’un artisan qui embauche pour la première fois : autant dire que la mesure ne pèse que pour ce dernier.
Deux garanties qui doivent figurer dans la loi, et non dans un décret d’application. L’exonération est intégralement compensée par le budget de l’État à la Sécurité sociale, à l’euro près, conformément au principe posé en 1994. Et elle n’entraîne aucune perte de droits pour le salarié : ses trimestres de retraite, ses droits maladie et chômage sont acquis exactement comme si les cotisations avaient été versées, puisque l’État les verse à sa place.
Automatique, sans dossier ni demande
Aucun formulaire, aucune démarche, aucun agrément préalable. L’exonération s’applique directement dans le calcul de paie et se déclare par la déclaration sociale nominative, comme l’est déjà la réduction générale de cotisations. Un dispositif qui exige une démarche ne profite qu’à ceux qui ont un comptable, c’est-à-dire pas aux plus petits, et il rate donc exactement ceux qu’il vise.
Apprécier au niveau du groupe
Le décompte se fait à l’échelle du groupe et de l’unité économique et sociale, pas de la société. Sans cette règle, rien n’empêche de créer dix filiales pour obtenir dix salariés exonérés, et le dispositif finance des montages juridiques au lieu d’emplois réels. C’est la seule complexité que nous acceptons d’ajouter, parce que son absence ruinerait la mesure.
Commencer par les embauches, généraliser ensuite
La mesure s’applique d’abord aux nouvelles embauches, avec une clause empêchant qu’un salarié en poste soit remplacé pour bénéficier de l’avantage. Son coût réel est mesuré sur deux exercices, publié, puis la généralisation à l’ensemble des entreprises est décidée au vu de ce chiffre. Nous préférons annoncer une étape vérifiable qu’une promesse invérifiable.
Ordre de grandeur, pour être honnête
Au niveau du SMIC, la réduction générale dégressive entrée en vigueur le 1er janvier 2026 a déjà ramené le coût employeur autour de 1 930 € mensuels, contre environ 2 530 € sans exonération. Il reste donc de l’ordre de 100 € de cotisations patronales par mois, soit environ 1 200 € par an. C’est réel pour une petite structure, mais nous ne prétendrons pas que c’est un choc : l’effet principal de cette mesure est de simplifier la décision d’embaucher, pas de la subventionner massivement. Le montant exonéré croît d’ailleurs avec le salaire, ce qui n’encourage pas à maintenir le salarié au minimum.
Fusionner ce qui fait doublon
La simplification est promise à chaque élection et livrée à aucune, parce qu’elle se heurte à chaque fois aux mêmes obstacles. Nous les nommons, plutôt que de faire semblant qu’ils n’existent pas.
Une caisse de retraite unique, sans toucher au calcul des pensions
Il faut distinguer deux réformes que le débat public confond en permanence. Le mode de calcul des pensions, annuités ou points, touche au montant que percevront les gens : c’est un sujet explosif, et il a fait échouer la réforme de 2019. L’organisation administrative, elle, ne change aucune pension d’un centime.
Nous ne proposons que la seconde. Fusionner progressivement les régimes de base en une caisse unique, à droits strictement inchangés : mêmes règles de calcul, mêmes montants, mêmes âges de départ. Ce que l’on gagne, ce sont les frais de gestion, et surtout un interlocuteur unique pour un assuré qui a changé de métier au cours de sa vie et doit aujourd’hui reconstituer sa carrière auprès de plusieurs organismes.
Cela se fait par étapes, sur dix ans, régime par régime, en commençant par les plus proches. Une fusion informatique menée trop vite produit des pensions non versées, et c’est le genre de panne dont un gouvernement ne se relève pas.
Une prestation de solidarité unique, sans l’AAH
Fusionner le RSA, la prime d’activité et l’allocation de solidarité spécifique en une prestation unique, avec un seul dossier et une seule règle de calcul. Cela supprime la concurrence entre des dispositifs qui obéissent aujourd’hui à des logiques différentes, et attaque à la racine le non-recours documenté dans l’axe social.
Deux enseignements de l’échec du Revenu universel d’activité, tenté entre 2018 et 2020. D’abord, l’allocation aux adultes handicapés en est exclue : elle ne compense pas une insuffisance de revenu mais un handicap, et l’intégrer à une prestation orientée vers l’activité n’a pas de sens quand l’activité est précisément entravée. Ensuite, la réforme précédente se faisait à budget constant, ce qui garantit des perdants. Nous posons donc une règle explicite : aucun bénéficiaire actuel ne voit sa prestation baisser, ce qui a un coût, que nous assumons.
Un guichet unique des subventions
Une association, une commune ou une entreprise doit pouvoir déposer un seul dossier, consultable par tous les financeurs potentiels, État, région, département, agences. Aujourd’hui, le même projet est décrit quatre fois dans quatre formats, ce qui favorise mécaniquement les structures qui disposent d’un chargé de mission plutôt que celles qui ont un bon projet.
Une leçon récente doit être retenue : le guichet unique des formalités d’entreprise, mis en service en 2023, a connu des défaillances telles qu’un dispositif de secours a dû être maintenu pendant des mois. Le principe était bon, le déploiement a été brutal. Notre règle sera donc le fonctionnement en parallèle de l’ancien et du nouveau système jusqu’à preuve que le nouveau fonctionne.
Supprimer les impôts qui coûtent plus qu’ils ne rapportent
Il subsiste des dizaines de taxes à faible rendement dont le coût de recouvrement, de contrôle et de contentieux approche, voire dépasse, le produit. Elles ne financent rien : elles occupent des agents et des comptables. Nous proposons de publier la liste complète avec, en regard, produit et coût de gestion, puis d’abroger tout ce dont le rendement net ne justifie pas l’existence.
Savoir où va l’argent
Un audit complet des dotations et concours de l’État
Avant de supprimer quoi que ce soit, il faut établir ce qui existe. Nous proposons un audit exhaustif des dotations, subventions et concours financiers versés par l’État, documentant pour chaque ligne quatre éléments : son montant, son fondement juridique, son objectif initial, et le résultat obtenu.
Cet audit est confié à la Cour des comptes, et non à l’administration qui verse. Il est intégralement publié, ligne par ligne, en données ouvertes. Toute dotation dont l’objectif n’est plus identifiable ou plus atteint est réexaminée devant le Parlement.
Une date de fin à tout nouveau dispositif
La raison pour laquelle il faut auditer aujourd’hui, c’est que rien ne s’arrête jamais. Chaque aide nouvelle doit être créée avec une échéance et une évaluation obligatoire avant reconduction. Non reconduite explicitement, elle s’éteint. C’est la seule façon d’éviter que le prochain audit soit à refaire dans quinze ans.
Créer, grandir, transmettre
Lisser les effets de seuil
Franchir un seuil d’effectif déclenche d’un coup un ensemble d’obligations nouvelles. Résultat : des entreprises s’arrêtent juste en dessous, ce qui est un choix rationnel et un gâchis collectif. Rendre ces obligations progressives plutôt que binaires supprime la prime à ne pas grandir.
Faciliter la transmission aux salariés
Des milliers d’entreprises saines disparaissent chaque année faute de repreneur, alors que ceux qui les connaissent le mieux y travaillent déjà. La reprise par les salariés se heurte au financement et à la complexité du montage. C’est le même problème que la transmission des fermes traité dans l’axe agriculture, et il appelle la même réponse : étaler le coût d’entrée plutôt que le concentrer.
Le silence de l’administration vaut accord
Le principe existe déjà en droit, assorti de tant d’exceptions qu’il ne s’applique presque jamais. Nous proposons d’inverser la charge : publier la liste limitative des cas où le silence vaut refus, et appliquer l’accord tacite partout ailleurs. Une administration qui ne répond pas dans le délai qu’elle a elle-même fixé ne peut pas reprocher à un citoyen d’avoir avancé.
Le calendrier
Ce qu’on nous opposera
« Exonérer, c’est encore affaiblir la Sécurité sociale »
Ce serait vrai sans compensation, et c’est arrivé. C’est pourquoi la compensation intégrale et l’absence de perte de droits figurent dans le texte de la mesure elle-même, et non dans un décret ultérieur. Reste une objection que nous ne pouvons pas écarter : la dépense bascule sur le budget de l’État, elle ne disparaît pas. C’est un choix d’affectation, assumé comme tel.
« La fusion des minima sociaux a déjà échoué »
Exact, et deux fois plutôt qu’une. C’est pour cette raison que nous excluons l’AAH et que nous écrivons noir sur blanc qu’aucun bénéficiaire ne baisse. Ces deux points sont précisément ceux sur lesquels le Revenu universel d’activité a buté. Une réforme de simplification qui produit des perdants n’est pas une simplification, c’est une économie déguisée, et elle échoue toujours pour cette raison.
« La caisse unique, c’est la retraite à points par la fenêtre »
Non, et la distinction est vérifiable : TE-5 ne modifie ni le mode de calcul, ni les âges, ni les montants. Un régime en annuités reste en annuités. Si un gouvernement voulait ensuite changer le calcul, il lui faudrait une autre loi, un autre débat et un autre vote. Nous comprenons néanmoins la méfiance : elle est le produit direct de la méthode employée en 2019, où tout avait été présenté d’un bloc.
Cet axe en croise d’autres
- Social — la prestation unique attaque le non-recours à sa racine.
- Éducation — apprentissage et alternance sont l’autre porte d’entrée vers l’emploi.
- Réindustrialisation — le coût du travail y est le premier argument de localisation.