Axe · Écologie
Non plus recyclable, mais recyclé
Un emballage marqué « recyclable » peut très bien finir incinéré. La recyclabilité est une propriété théorique du matériau. Le recyclage est un fait économique. Entre les deux, il y a un marché qui n’existe pas.
Le constat
On a beaucoup demandé aux Français de trier, et ils l’ont fait. Le problème n’a jamais été là. Une filière de recyclage ne se monte que s’il existe une demande solvable pour la matière récupérée : tant qu’une entreprise achète du plastique vierge moins cher que du plastique recyclé, le contenu de votre bac jaune n’a pas d’acheteur.
Nous proposons donc d’attaquer le problème par le débouché plutôt que par la collecte. Et de remettre les choses dans l’ordre : le meilleur déchet reste celui qui n’existe pas, puis celui qu’on réemploie, puis celui qu’on répare. Recycler est une solution de dernier recours, parce que la matière se dégrade et que le procédé consomme de l’énergie.
Chiffres à sourcer avant publication
Tonnage annuel de déchets ménagers et d’activité économique, taux de recyclage effectif par matériau, part exportée pour traitement, écart de prix entre matière vierge et matière recyclée. Remplacer ce bloc par les chiffres sourcés et datés.
La fin du déchet
Un déchet, c’est un bien dont plus personne ne sait quoi faire. Rien n’oblige à ce que cette catégorie continue d’exister à cette échelle.
Un taux minimal de matière recyclée par famille de produits
Obligatoire, monté progressivement, annoncé plusieurs années à l’avance pour laisser le temps d’investir. C’est cette mesure qui crée le marché : sans demande garantie, aucune usine de recyclage ne se construit en France, et nos déchets continuent de partir à l’étranger faute de repreneur ici.
La commande publique comme locomotive
L’État et les collectivités achètent des dizaines de milliards d’euros par an. Introduire une exigence de contenu recyclé dans les marchés publics change l’équation économique d’une filière sans créer une seule taxe.
Simplifier la sortie du statut de déchet
Aujourd’hui, transformer un rebut en matière première demande un parcours administratif décourageant. Des réemplois évidents ne se font pas pour cette seule raison. Une procédure allégée et des référentiels par matériau débloqueraient un gisement immédiat, sans argent public.
Une TVA réduite sur la réparation, le réemploi et le reconditionné
La directive européenne sur la TVA a été révisée pour le permettre. Cette mesure aligne enfin le prix avec le discours : tant que réparer coûte plus cher que racheter, aucune campagne de sensibilisation ne fera le poids. C’est aussi la mesure de cet axe qui se voit le plus vite sur une facture.
Rendre le bonus réparation réellement utilisable
Le dispositif existe déjà et reste très en deçà de ses objectifs, faute de notoriété et faute d’un réseau de réparateurs agréés suffisamment dense. Nous proposons de généraliser ce qui existe et qui rate, plutôt que d’annoncer un dispositif de plus.
Consommer près, choisir informé
Un argument que nous n’utiliserons pas
Le circuit court n’est pas automatiquement meilleur pour le climat : un camion plein sur mille kilomètres peut battre dix camionnettes sur cinquante. Nous ne défendons donc pas les circuits courts au nom du bilan carbone, mais au nom du revenu qui reste au producteur, de la résilience des approvisionnements et de la qualité.
Faire appliquer les objectifs de la restauration collective
Cantines scolaires, hôpitaux, administrations : la loi fixe déjà des objectifs d’approvisionnement de qualité et de proximité, et ils sont loin d’être atteints. C’est le levier le plus massif dont dispose la puissance publique, et il est déjà voté. Il manque le contrôle, et l’accompagnement des petites communes qui n’ont pas les moyens d’ingénierie d’une métropole.
Reconstruire les outils de transformation de proximité
Un producteur ne peut pas vendre en direct s’il n’existe plus, à distance raisonnable, d’abattoir, de légumerie ou d’atelier de transformation. C’est le vrai point de blocage des circuits courts, et il est matériel avant d’être culturel. Sans ces outils, tout le reste est un vœu.
Les mêmes règles dehors que dedans
Nous demandons beaucoup à nos industriels et à nos agriculteurs. C’est défendable. Ce qui ne l’est pas, c’est de laisser entrer sans condition des produits fabriqués selon des règles que nous avons nous-mêmes jugées inacceptables. Il ne s’agit de viser aucun pays : il s’agit d’exiger de ce que nous importons ce que nous exigeons de ce que nous produisons.
Élargir le carbone aux frontières, et cesser de le trouer
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est entré dans sa phase définitive au 1er janvier 2026 et couvre l’acier, l’aluminium, le ciment, les engrais azotés, l’électricité et l’hydrogène. La Commission a proposé fin 2025 de l’étendre à partir de 2028 à cent quatre-vingts produits transformés. Nous soutenons cet élargissement et son accélération.
Mais la cohérence se joue ailleurs : début 2026, la France a elle-même obtenu une suspension temporaire du mécanisme sur les engrais importés. Un dispositif troué par ceux qui le défendent perd en quelques mois la crédibilité qu’il a mis des années à construire. Nous proposons d’encadrer strictement les dérogations sectorielles.
Contrôler la conformité à hauteur du flux réel
Un produit non conforme au marquage CE est illégal. Ce n’est pas du protectionnisme, c’est du droit de la consommation, et personne ne le conteste sur le principe. Le problème est matériel : plus de deux milliards de colis de faible valeur sont entrés dans l’Union en une seule année, face à des effectifs de douane et de répression des fraudes sans commune mesure. Nous proposons des moyens de contrôle proportionnés au flux, ce qui est chiffrable et vérifiable.
Responsabiliser la plateforme, pas seulement le vendeur
Poursuivre un vendeur tiers introuvable ne mène nulle part. La responsabilité doit peser sur celui qui organise le marché et en tire le revenu. Le droit européen permet déjà des sanctions calculées sur le chiffre d’affaires mondial : notre reproche porte sur leur application, trop lente et trop rare pour être dissuasive.
Fermer le contournement logistique
La fin de l’exemption douanière sur les petits colis, décidée fin 2025, est une avancée. Elle est déjà en train d’être contournée : les plateformes ouvrent des entrepôts en Europe, si bien que les marchandises expédiées depuis ces stocks échappent au nouveau régime comme aux droits classiques, ayant été dédouanées en amont. Combler cette faille suppose une coordination douanière européenne sur les marchandises dédouanées dans un autre État membre.
Une voie de recours accessible aux créateurs
Le droit de la propriété intellectuelle existe : dessins et modèles, droit d’auteur, marques. Ce qui n’existe pas, c’est un recours praticable pour un créateur seul face à une plateforme étrangère qui copie ses modèles. Les frais et les délais rendent le droit théorique. Nous proposons un dépôt simplifié et peu coûteux, une procédure accélérée de retrait engageant la responsabilité de la plateforme, et une retenue douanière facilitée.
Ce que nous ne proposons pas
L’interdiction pure et simple des plateformes de vente à très bas prix. Le droit européen encadre strictement l’interdiction de services en ligne légalement établis, et la Commission a déjà émis des réserves sur des mesures françaises bien moins radicales. Le promettre serait promettre ce qu’on ne peut pas tenir. Faire appliquer les règles existantes est moins spectaculaire et infiniment plus efficace.
Contraindre la production, aider les ménages
L’écologie punitive appliquée aux ménages a produit ce qu’on pouvait attendre : du rejet, et l’idée durable que l’environnement est une affaire de gens qui peuvent se le permettre. Mais promettre une écologie uniquement incitative sans dire qui paie, c’est de la naïveté ou du mensonge.
Notre position est donc dissymétrique et nous l’assumons : contraignant sur la production et aux frontières, incitatif pour les ménages. C’est ce qui explique que le carbone aux frontières et la TVA réduite sur la réparation se trouvent dans le même axe. La contrainte s’applique là où existe une capacité d’adaptation et d’investissement. L’incitation s’applique là où le budget est contraint et le choix limité.
Le calendrier
Ce qu’on nous opposera
« Le contenu recyclé obligatoire va augmenter les prix »
À court terme, sur certains produits, c’est probable : la matière recyclée coûte aujourd’hui plus cher que la vierge, et c’est exactement pourquoi le marché ne se fait pas seul. L’écart se réduit quand les volumes montent, mais nous ne prétendons pas que la transition est gratuite. La question honnête est de savoir qui supporte le coût, et notre réponse est : la production, pas le ménage.
« Le carbone aux frontières, c’est du protectionnisme déguisé »
Le mécanisme ne vise aucun pays et n’interdit rien : il demande à un produit importé de supporter le même coût carbone qu’un produit équivalent fabriqué ici. Un producteur étranger soumis à une tarification carbone équivalente n’a rien à payer. L’objection sérieuse est ailleurs : la charge administrative pesant sur les importateurs, notamment les plus petits, est réelle et doit être allégée.
« Une mesure nationale ne changera rien à un flux mondial »
C’est juste, et c’est pourquoi la moitié des mesures de cet axe sont explicitement européennes. Une réglementation franco-française sur le commerce en ligne mondial se contourne en quelques mois. Le dire plutôt que de le taire est la seule façon de ne pas décevoir.
Cet axe en croise d’autres
- Énergie — la seconde vie des batteries et l’isolation prolongent cet axe.
- Agriculture — circuits courts, eau et bocage s’y poursuivent.
- Réindustrialisation — une filière de recyclage est une industrie, pas une politique de déchets.