Axe · Défense
Une armée dans la nation
Il existe en France un dispositif qui reprend des jeunes sans diplôme ni emploi, leur redonne un cadre, une compétence et un métier, avec des taux d’insertion que peu de politiques publiques atteignent. Il est militaire, il fonctionne depuis des décennies, et il concerne quelques milliers de personnes par an.
Le constat
Deux réalités se répondent sans jamais se rencontrer. D’un côté, des centaines de milliers de jeunes sortent du système scolaire sans qualification ni perspective. De l’autre, nos armées peinent à recruter et à fidéliser, dans un contexte où l’effort de défense remonte partout en Europe.
Cet axe ne prétend pas que l’armée doive réparer ce que l’école n’a pas fait. Il constate qu’un outil existe, qu’il produit des résultats mesurés, et qu’il reste à une échelle sans rapport avec le besoin.
Une seconde chance qui marche
Ce qui existe déjà
Le Service militaire adapté outre-mer, créé en 1961, le Service militaire volontaire en métropole et les centres de l’EPIDE accueillent des jeunes éloignés de l’emploi dans un cadre militaire, avec formation professionnelle et remise à niveau. Les résultats d’insertion du SMA sont documentés depuis des décennies et comptent parmi les meilleurs des dispositifs pour ce public. Nous ne proposons donc pas de créer quelque chose : nous proposons de changer d’échelle.
Multiplier les places, département par département
Porter progressivement la capacité d’accueil de ces dispositifs à un ordre de grandeur qui compte, avec au moins un centre par département. Le coût par jeune est élevé, nous l’assumons : il est inférieur à celui d’une décennie de dispositifs successifs sans résultat, et sans commune mesure avec le coût social d’une désinsertion durable.
Volontaire, et pas une sanction
Ces dispositifs fonctionnent parce qu’on y entre par choix. Un jeune contraint n’y trouvera ni sens ni motivation, et sa présence désorganisera le groupe. Nous écartons donc explicitement l’idée d’y orienter d’office des jeunes en difficulté ou sous main de justice : ce serait détruire ce qui fait leur efficacité.
Un métier au bout, pas seulement un cadre
La discipline et le collectif ne suffisent pas si l’on ressort sans qualification. Chaque parcours doit déboucher sur un titre professionnel reconnu hors de l’armée, construit avec les employeurs du bassin d’emploi : bâtiment, logistique, maintenance, sécurité, numérique, métiers de bouche.
Accompagner la sortie, pas seulement l’entrée
Le décrochage se joue souvent dans les mois qui suivent la fin du parcours. Un suivi d’au moins un an après la sortie, avec un référent identifié, coûte peu et protège l’investissement consenti.
La réserve, notre profondeur
Une armée professionnelle est efficace et peu nombreuse. Elle est aussi fragile dans la durée : les crises récentes ont montré qu’un pays a besoin de capacités mobilisables au-delà de ses effectifs d’active.
Poursuivre la montée en puissance de la réserve
La trajectoire est déjà engagée par la loi de programmation militaire. Nous proposons de la tenir et de traiter ce qui la freine réellement : l’équipement des réservistes, les créneaux d’entraînement, et l’encadrement disponible pour les former.
Rendre l’engagement compatible avec un emploi
Le principal obstacle n’est pas la motivation, c’est l’employeur. Une entreprise qui libère un salarié réserviste supporte seule le coût de son absence. Compensation financière pour les petites structures, convention type, et prise en compte dans la commande publique : l’engagement de réserve doit cesser d’être un handicap professionnel.
Une armée dans les territoires
Renforcer les moyens de renfort en cas de crise
Feux de forêt, inondations, épisodes climatiques : les armées et la sécurité civile interviennent déjà, et ces événements deviennent plus fréquents et plus étendus. Nous proposons de dimensionner explicitement des moyens de renfort, matériels et humains, sur ces missions, plutôt que de prélever chaque été sur des unités engagées ailleurs.
Ancrer les unités de réserve dans leur département
Une unité de réserve implantée localement connaît son terrain, ses élus et ses services de secours. Cet ancrage raccourcit les délais de mobilisation et donne à l’engagement une utilité visible pour les proches du réserviste, ce qui est le premier facteur de fidélisation.
Une réserve civile pour les compétences rares
Cybersécurité, santé, logistique, télécommunications : certaines compétences critiques n’existent que dans le secteur civil. Un statut de réserviste spécialisé, avec des obligations d’entraînement réduites mais réelles, permet de les mobiliser sans les recruter à plein temps.
Produire ce que nous employons
Reconstituer des stocks dignes de ce nom
Les conflits récents ont rappelé une évidence oubliée : une armée consomme des munitions à un rythme sans rapport avec nos capacités de production et nos réserves. Reconstituer ces stocks est peu spectaculaire, coûteux, et sans doute la décision la plus structurante de cet axe.
Sécuriser les approvisionnements critiques
Composants électroniques, métaux, poudres, propergols : une chaîne de production de défense dépendante de fournisseurs hors d’Europe n’est pas souveraine, quelle que soit la nationalité de l’assembleur final. C’est le même raisonnement que dans l’axe réindustrialisation, appliqué à un domaine où il ne se discute pas.
Financer l’industrie de défense
De nombreuses PME du secteur peinent à obtenir des prêts bancaires, certains établissements et fonds les excluant par principe. On ne peut pas demander à un pays de produire ses munitions et refuser de financer ceux qui les fabriquent. Nous proposons un dispositif de financement dédié aux fournisseurs de la défense.
Le calendrier
Ce qu’on nous opposera
« L’armée n’a pas vocation à faire du travail social »
L’objection vient des militaires eux-mêmes et elle est fondée : encadrer des jeunes en difficulté mobilise des cadres qui manquent ailleurs, et ce n’est pas le métier des armées. C’est pourquoi ces dispositifs relèvent d’un budget distinct de celui des forces, et pourquoi leur encadrement doit être recruté pour cela, sans prélever sur les unités opérationnelles.
« C’est très cher par jeune accompagné »
C’est exact, et nous ne le cachons pas : le coût annuel par personne dépasse largement celui d’une formation classique. La comparaison honnête n’est pas avec une formation, mais avec l’enchaînement de dispositifs sans effet que suit souvent ce public, et avec le coût durable d’une désinsertion. Nous proposons de publier ce coût et le taux d’insertion côte à côte, chaque année.
« Où est le service national obligatoire ? »
Nous ne le proposons pas. Un dispositif obligatoire pour une classe d’âge entière représenterait un coût et un besoin d’encadrement sans rapport avec ce que nos armées peuvent absorber, et diluerait les moyens sur ceux qui en ont le moins besoin. Nous préférons un dispositif volontaire, massif et sélectif dans son public plutôt qu’universel et symbolique.
Cet axe en croise d’autres
- Éducation — ces dispositifs s’adressent à ceux que l’école a perdus.
- Social — même public, autre porte d’entrée vers l’activité.
- Réindustrialisation — sans base industrielle, pas d’autonomie militaire.