Axe · Éducation
Décider au plus près, répondre des résultats
Une décision prise à Paris met deux ans à atteindre une salle de classe, et arrive souvent inadaptée à ce qui s’y passe. Un chef d’établissement qui voit le problème tous les jours n’a ni les moyens ni le droit d’y répondre. C’est ce décalage que nous voulons réduire.
Le constat
Les résultats se dégradent lentement et régulièrement. À l’enquête PISA de 2022, 29 % des élèves français de quinze ans se situaient sous le niveau 2 en mathématiques, contre 24 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Le niveau 2 n’est pas un seuil d’excellence : c’est le minimum considéré comme nécessaire pour se débrouiller dans la vie courante. Près d’un élève sur trois ne l’atteint pas.
L’autre chiffre est celui de l’inégalité. Notre école reste l’une de celles où l’origine sociale pèse le plus lourd sur les résultats. Elle réussit très bien aux élèves favorisés et laisse les autres derrière, ce qui est exactement l’inverse de sa promesse.
Les résultats de l’enquête suivante seront publiés dans les prochains mois. Nous les intégrerons à cette page à ce moment-là, quels qu’ils soient.
D’abord, des professeurs
Nous plaçons cette question en tête parce qu’elle conditionne tout le reste, et parce que la plupart des programmes la traitent en dernier. Selon le syndicat des chefs d’établissement, 62 % des collèges et lycées manquaient d’au moins un enseignant à la rentrée 2022, et plus d’un établissement sur trois en manquait au moins deux.
Donner de l’autonomie à un établissement qui n’a pas de professeur de mathématiques, c’est lui donner la liberté d’organiser une absence. Aucune des mesures qui suivent ne produit d’effet si ce point n’est pas réglé d’abord.
Rendre le métier attractif, et le dire en euros
Le déficit de candidats aux concours n’est pas un mystère : il tient au niveau de rémunération en début de carrière, aux conditions d’exercice et à la perte de considération. Nous proposons une trajectoire de revalorisation pluriannuelle votée en loi de programmation, donc opposable, plutôt que des annonces reprises à chaque rentrée.
Soutenir la hiérarchie qui soutient les équipes
Un enseignant confronté à un élève ingérable, à un parent menaçant ou à une situation de violence doit savoir que sa hiérarchie le couvrira. Aujourd’hui, beaucoup ne le savent pas, et cela pèse dans les démissions autant que le salaire. La protection fonctionnelle doit être automatique et immédiate, sans que l’agent ait à la réclamer.
Stabiliser les équipes là où c’est le plus difficile
Les établissements les plus difficiles reçoivent les enseignants les plus jeunes et les moins expérimentés, qui partent dès qu’ils le peuvent. C’est un cercle vicieux documenté depuis vingt ans. Bonification réelle, décharge, logement, perspective de carrière : il faut rendre ces postes désirables, pas seulement obligatoires.
Décider au plus près
L’OCDE recommande une plus grande autonomie des établissements depuis 2012, la Cour des comptes depuis 2013. Le principe est simple : l’administration centrale fixe ce qui doit être atteint, et l’établissement décide comment y parvenir.
La tension que nous ne contournerons pas
Autonomie et égalité républicaine sont en tension, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Si chaque établissement décide seul, les écarts se creusent entre les mieux dotés et les autres. C’est pourquoi les trois mesures qui suivent forment un tout indissociable : autonomie sur les moyens, et objectifs nationaux communs, et répartition des ressources vers les établissements en difficulté. Prises séparément, la première produit de l’inégalité et la deuxième du contrôle inutile.
Autonomie sur l’organisation, pas sur les programmes
L’établissement décide de la répartition horaire, des dédoublements, des dispositifs de soutien, de l’usage d’une part de sa dotation, et d’une partie du recrutement de son équipe. Les programmes, les diplômes et le socle commun restent nationaux : c’est ce qui garantit qu’un baccalauréat vaut la même chose partout.
Une évaluation externe, publique et utile
En contrepartie de cette liberté, chaque établissement rend compte de ses résultats devant une instance d’évaluation indépendante du rectorat. Les indicateurs mesurent la progression des élèves et non leur niveau absolu, faute de quoi on ne mesure que la composition sociale du quartier. Un établissement qui fait progresser des élèves fragiles réussit mieux qu’un établissement qui maintient des élèves déjà favorisés.
Donner plus à ceux qui ont moins, et le vérifier
La répartition des moyens doit être ouvertement inégale, au bénéfice des établissements qui accueillent les publics les plus fragiles, et l’écart doit être publié. Aujourd’hui, l’écart réel de dotation par élève est faible, parfois nul une fois pris en compte le coût des enseignants expérimentés qui exercent ailleurs. Sans cette mesure, l’autonomie devient un mécanisme de séparation.
Accompagner ceux qui n’y arrivent pas
Un établissement dont les résultats décrochent reçoit un appui renforcé : moyens supplémentaires, équipe d’appui, formation. La sanction n’est utile qu’en dernier recours et à l’échelle des personnes, jamais d’une équipe entière. Publier des résultats pour humilier ne fait progresser personne.
Le socle : lire, écrire, compter
Concentrer le primaire sur les fondamentaux
Un élève qui entre en sixième sans lire couramment ne rattrapera probablement jamais son retard, et toute sa scolarité en sera affectée. Lecture, écriture, calcul : ces apprentissages doivent occuper la priorité horaire et budgétaire du primaire. C’est là que l’argent public produit le rendement le plus élevé, et de loin.
Ne laisser passer aucun décrochage silencieux
Les évaluations nationales existent déjà. Ce qui manque, c’est ce qu’on en fait : un élève repéré en difficulté doit déclencher automatiquement un dispositif de soutien, sans que la famille ait à le demander. Les familles qui savent demander sont celles dont les enfants en ont le moins besoin.
Réapprendre à débattre
Une heure de débat par semaine, au collège et au lycée
Débattre, c’est d’abord écouter. C’est ensuite construire un argument, accepter d’être contredit, et distinguer une objection à une idée d’une attaque contre une personne. Ces gestes ne sont pas innés : ils s’apprennent, et nous avons cessé de les enseigner.
Nous proposons un créneau hebdomadaire dédié, avec un format d’exercice défini et une formation des enseignants à l’animation du débat contradictoire. L’adolescence est le bon moment : assez tôt pour que ça devienne un réflexe, assez tard pour que les sujets aient du sens.
C’est la mesure la moins coûteuse de tout ce programme et probablement la plus déterminante à long terme. Un pays où l’on ne sait plus discuter d’un désaccord sans le transformer en conflit n’aura de problème avec aucune des autres mesures : il ne pourra simplement plus en délibérer.
Apprendre à vérifier une information
Distinguer une source d’une opinion, remonter à l’origine d’une affirmation, reconnaître un contenu fabriqué : c’est devenu un savoir de base, au même titre que la lecture. Ce n’est pas une matière supplémentaire, c’est un réflexe à installer dans les disciplines existantes, à commencer par l’histoire et les sciences.
Sortir l’école de son isolement
L’école et le monde du travail se sont construits dos à dos. Les entreprises reprochent à l’école de ne pas préparer, l’école reproche aux entreprises de vouloir des exécutants. Les deux ont partiellement raison, et l’élève paie la facture.
Faire circuler les professionnels dans les classes
Les statuts existent déjà : professeurs associés, vacataires, contractuels. Le frein est administratif, pas légal. Un artisan, un soignant, un ingénieur devraient pouvoir enseigner quelques heures par semaine sans parcours du combattant, et un enseignant devrait pouvoir passer du temps en entreprise sans y perdre sa carrière. La circulation doit aller dans les deux sens.
Construire l’offre de formation avec ceux qui recrutent
Les filières professionnelles et les places d’apprentissage doivent être définies avec les employeurs du bassin d’emploi, pas décidées hors sol. Cela suppose un vrai pouvoir des régions et des branches dans la carte des formations, et une révision régulière plutôt qu’une reconduction automatique.
Une réserve : écouter les besoins des entreprises ne signifie pas former uniquement pour eux. Un métier demandé aujourd’hui peut disparaître en dix ans. Le socle commun reste ce qui permet de changer de métier, et c’est précisément pourquoi il ne se négocie pas.
Le calendrier
Ce qu’on nous opposera
« L’autonomie, c’est le début de la privatisation »
L’objection vise juste dans certains pays, où l’autonomie s’est accompagnée de la mise en concurrence des établissements et du libre choix des familles, avec une aggravation documentée de la ségrégation scolaire. C’est pourquoi nous séparons nettement les deux : ED-4 ne touche ni à la carte scolaire, ni aux programmes, ni aux diplômes, et ED-6 renforce la répartition des moyens. L’autonomie porte sur l’organisation interne, pas sur le marché.
« Évaluer les établissements, c’est les mettre en concurrence »
C’est un risque réel : la publication brute de résultats produit des classements, et les classements produisent de l’évitement scolaire. Notre réponse tient en un point technique qui change tout : mesurer la progression et non le niveau. Un tel indicateur ne peut pas servir de palmarès, parce qu’il ne dit rien du niveau moyen d’un établissement et tout de ce qu’il apporte à ses élèves.
« Vous demandez des résultats à des gens que vous ne donnez pas les moyens d’en obtenir »
C’est la raison pour laquelle l’axe commence par le recrutement et la rémunération, et non par l’exigence. Un programme qui demanderait des comptes sans traiter d’abord la pénurie d’enseignants serait malhonnête. Nous assumons l’ordre : d’abord les moyens humains, ensuite l’autonomie, ensuite seulement la reddition de comptes.
Cet axe en croise d’autres
- Travail et entreprise — l’apprentissage et l’alternance sont l’autre porte d’entrée vers l’emploi.
- Social — l’école est le premier lieu où se joue le destin social.
- Défense — les dispositifs militaires d’insertion s’adressent à ceux que l’école a perdus.